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SESSION DE FORMATION DIM A PRADINES DU 9 au 13 octobre 2017

SESSION DE FORMATION DIM A PRADINES DU 9 au 13 octobre17

JULES MONCHANIN

Rappel des titres des neuf conférences :

1. « Monchanin, précurseur méconnu » (Bernadette Truchet)
2. « L’abbé Monchanin et le milieu intellectuel Lyonnais » (Emmanuel Gabellieri) ;
3. « Le ministère pastorale de Monchanin en Inde » (Jean-Marie Julia)
4. « La mystique de l’abbé Monchanin » (Ysabel de Andia)
5. « L’abbé Monchanin et le cheikh El Ogbi , fondateur de l’Union des croyants monothéistes d’Algérie » (Christian Delorme)
6. « La postérité de l’abbé Monchanin » (Françoise Jacquin)
7. « La relation de Monchanin et de Le Saux », à partir des traces laissées dans la correspondance et le Journal. (Antoine Desfarges, osb)
8. « Comparaison des pensées de Monchanin et Le Saux » (Jacques Scheuer,sj.)
9. La communication de Yann Vagneux, mep.

voici des notes de quelques conférences.

Bernadette Trucher (lu par fr. Antoine)

Monchanin est mort à 62 ans, il n’a vécu que 17 ans en Inde : 1892-1957.
Il y a eu non reconnaissance de sa spiritualité dans le monde chrétien. Hyper cultivé, de Lubac le rencontre en 1930, c’est le début d’une amitié (cf. livre de de Lubac).Il fréquente Massignon et Lacombe, des artistes aussi. Est-il original ? Marginal ? Il a renoncé à faire une thèse à Lyon mais ouvert à toutes les pensées, il lit énormément. En 1947, le Père de Lubac l’a sollicité.

Il n’a ni système de pensée, ni de théologie.  « Je n’aurai qu’une image, l’esquisse d’un désir ». Il existe seulement de lui une œuvre inachevée. Exemple : dans un document sur le dialogue inter-religieux, le nom de Monchanin n’est pas mentionné, mais bien celui de Griffis. Ils avaient une vision identique. Monchanin s’est toujours voulu apostolique. Il participe à un groupe judéo-chrétien. Il avait beaucoup de disciples, surtout des femmes, des jeunes femmes, des adolescents d’origine très modeste. L’importance de l’autre s’est développée au dépend de sa vie intellectuelle. Pour lui l’inculturation a été un échec. Mystique lui-même, il voulait une approche mystique des religions. La vie contemplative pour lui était un moyen d’apostolat. Les mystiques vivent un drame solitaire face à une mission.

Parallèle entre Monchanin et Charles de Foucauld.

« Kénose, enfouissement » sont leurs maîtres mots. Ce sont des intellectuels, des missionnaires, ils n’ont fondé aucune communauté. Mais Foucauld a une postérité. (cf.Bibliographie de Bazin). Foucauld a été porté par un courant favorable, il n’y a rien eu de tel pour Monchanin. C’est un missionnaire : il part en Inde à 44 ans. Ce départ est le fruit d’une longue maturation intellectuelle, spirituelle et théologique. Sa mission est la conséquence de l’incarnation, le prolongement du Verbe et de l’Esprit jusqu’à la Parousie.
Monchanin se formera à Louvain auprès de la SAM. Le but qu’il visait était la préparation à la vie contemplative et indienne, l’ouverture totale à l’autre, une assimilation. Il n’a pas laissé de synthèse complète.
Il désire s’assimiler par amour à ce que l’Inde a d’essentiel. Cette conformité découle de la dilection, c’est une particularisation de l’agape, il faut repenser le christianisme. Les autres cultures doivent créer leur propre culture, nous devons penser aujourd’hui le christianisme pour l’Inde. Les systèmes théologiques ne seraient que des gloses. Il se situe du côté de la théologie apophatique.
« Le christianisme n’est catholique que dans son histoire. Le catholicisme est toujours un dépassement ».
Il se pose le problème de la missiologie, de l’interculturel. Existe-t-il un christianisme chimiquement pur ? Faut-il chercher le point vierge s’il en est ? Une civilisation a-t-elle connue, ce point vierge ? Ceci est encore une hypothèse de travail pour Monchanin, conscient du risque de syncrétisme.

Point central de sa théologie

« Croire que le plérôme est achevé est une grave erreur. Aucun siècle ne marque un terme définitif ».
L’Église ne dira plus « mienne est la langue grecque »…Elle ajoutera le sanskrit, le chinois…Il n’y a pas la fin de l’histoire, l’achèvement ne peut être qu’une perspective eschatologique.
Monchanin a voulu vivre spirituellement et charnellement la mission. Il a vécu la kénose car ce mystique se voulait en communion avec l’Église pour repenser les dogmes.

« Il vous faudra un grand renoncement, car vous aurez de grandes déceptions », a-t-il dit à Henry Le Saux. Quitter ses propres repères, pour « Penser selon le mode indien » suppose une conversion. Une telle remise en cause est la loi intérieure de sa vocation. La kénose, mais sans dolorisme, est la base de sa vie de mission. « Jamais je ne me fus senti intellectuellement plus chrétien, mais aussi plus grec. Quitter sa culture est un déchirement, c’est quitter sa patrie la plus essentielle ». Sa dernière kénose  fut de se tourner vers les plus pauvres, réalisant comme un avant-goût de la théologie de la libération. Monchanin est au carrefour de l’inculturation, du dialogue interreligieux, et de l’option préférentielle pour les pauvres. La dette que nous lui devons n’est pas toujours reconnue, il fut un pionnier.


Françoise Jacquin

La postérité de Monchanin.

Il s’agit des contemporains de Monchanin.

Un étudiant à l’issu d’une conférence de Monchanin a dit ceci : « comme cela me fait du bien, comme je voudrais retrouver un christianisme fort, saint ». Monchanin rencontre un jésuite, un poète, un juif, et un moine : Henry de Lubac.

Ils sont du même âge. « J’ai devant moi un homme qui revit une aventure spirituelle en chercheur de l’Absolu. Il explique, communique ce qui est nécessaire ». Tous deux travaillent la patristique, les dogmes. Monchanin voyait l’Eglise comme corps du Christ comprenant toutes les richesses du monde. Le christianisme doit accueillir en son sein la diversité.
Lubac parle d’expérience mystique authentique hors de l’Eglise. Cf. «Eglise et la pensée chrétienne »
Monchanin raconte sa dernière rencontre avec de Lubac : « Il réalise l’intuition de tout réaliser à la lumière de la théologie. Il croit que c’est en me heurtant à l’Inde que je pourrai refaire la théologie. Je n’aurai été qu’une image… »
« Il ne reste plus en nous que l’essentiel, c’est une voie royale qui nous mène vers le Christ ». Incompris des autorités romaines, De Lubac écrit « aspects du bouddhisme » à cette période.
Une grande amitié unissait de Lubac et Monchanin. Celui-ci meurt prématurément. «Il a eu une influence fondamentale, il fut un mystique et un saint », dit de lui le P.de Lubac.

Pierre Emmanuel

Le nom du poète, Pierre évoque le « pécheur pardonné » et Emmanuel est signe de l’incarnation.
« Visitation silencieuse de l’autre ». Pour P. Emmanuel, Monchanin était la « préscience » de la connaissance universelle. Le plus vivant des témoins d’une prêtrise universelle. « Si je suis resté chrétien ou le suis devenu, c’est grâce à lui. En lui j’ai senti l’humanité comme foi dans une présence incarnée, Dieu en nous qui nous rend capable de lui ».
Cf le livre « De l’esthétique à la mystique » : Pierre Emmanuel a écrit la préface « la loi de l’Exode », comme une brûlure d’un engagement sans retour.

André Chouraqui .

Chouraqui a dit : « Monchanin a vu devant moi toute mon œuvre à venir »
« Aucun rabbin n’aurait pu expliquer mieux ma tradition ».
A. Chouraqui est fiancé à une catholique qui se convertit au judaïsme. Ch. est exclu du barreau ( les lois de Vichy). En mai 41, ses enfants meurent, et sa femme va en sanatorium, Chouraqui est déchiré, ils décident de leur séparation. (Livre « Lettres à Colette, ton étoile est à toi »)
A. Ch. continue sa recherche, « c’est Monchanin qui m’a renforcé dans mon judaïsme ». Il ajoute : «il s’agit de  faire de nos divergences une richesse plutôt que la guerre ».

Henry Le Saux

Plongé dans l’hindouisme du jour au lendemain, « Il me faut briser mes constructions mentales onéreuses », dit-il. Il écrit pendant 3 ans des lettres non données à Joseph Lemarié.
Il se confronte à de nouveaux problèmes sur Dieu, « tout concept crée des idoles », dit Monchanin. Celui-ci dit encore : « Sans intuition auprès de la sagesse hindoue, on n’entre pas dans la vraie connaissance ». Le Saux doit se faire violence. Il va se livrer corps et âme au projet de s’assimiler à ce que l’Inde a de plus essentiel, Etre authentiquement chrétien et authentiquement hindou. M. a eu beaucoup de charges extérieures, paroisses, etc. Le Saux s’active sur tous les plans. Il met au point une règle de St Benoit pour l’Inde. Mais M. veut plus qu’une simple inculturation. Pour lui le but 1er est d’affirmer la place de la contemplation, dans le sens de l’apocatastase de Denis l’Aréopagite. (cf son écrit sur la contemplation).
Le premier chapitre est écrit au nom de l’Église. Il insiste sur la fonction de la contemplation. Françoise Jacquin croit que cette vision mystique est congénitale à Monchanin, et est cause d’une incompréhension profonde chez H. Le Saux. Le poids des mots n’est pas le même chez les uns et les autres. Le journal d’H. Le Saux va lui permettre de digérer tout ce qu’il a reçu. Le Père Lucien Legrand des Missions étrangères de Paris était professeur à Bangalore, quand Monchanin mourait en 1957.


Ysabel de Andia philosophe et théologienne.

La mystique de Monchanin

1 Mystique comparée.
La mystique est en relation avec le mystère. Le mystique reste en deçà. Il y a un appel et une expérience du mystique et du mystère. Les deux se tirent l’un l’autre. Il y a primauté du mystère sur la mystique, (cf aussi de Lubac). Théologie et spiritualité sont missionnaires. « Mystique » est un mot abîmé. La mystique est l’intériorisation immédiate de la religion. Le mystère, c’est le mystère de la création, de l’homme, de la matière. Le mystère du corps du Christ se réfracte sur le dogme. Il y a une perception expérimentale du mystère.
La mystique est le corps mystique du Christ total, inséparable de la mystique de Dieu et de la mystique trinitaire. Elle est diffuse. Le mystère est ce sur quoi on se tait.

Mystique comparée.

Le mystère est l’au-delà des problèmes. Il y a deux courants en Inde : Bakti et Jana. Le judaïsme et l’Islam ont un faible appel à la mystique.
-Christianisme: l’expérience déborde toujours le dogme.
L’expérience mystique et le mystère se rejoignent.
-Inde : plus d’enstase que d’extase.
-Judaïsme: l’A.T. a une possibilité mystique.
-Islam : il a une mystique d’adoration, d’immanence.
– Le christianisme : c’est un mystère, il a une densité historique …M. réfléchit sur les méthodes : l’expérience requiert une exploration : voir ce qu’on vit. Certains font une expérience mystique et métaphysique.

En 1934, Monchanin fait une conférence sur la mystique comparée.
Chez Jean de la Croix et Ruysbroek, on est dans la mystique trinitaire. Monchanin a lu l’oeuvre de Massignon: « Je suis presque jaloux d’Hal Hallaj ». Plotin est le philosophe de la non dualité. La relation de l’Un et du multiple fascinait M.
Le Pseudo Denys l’aréopagite fonde l’apophatisme chrétien, et non celle d’Aristote.
Monchanin lit Jean de la Croix, à 20 ans, il l’a accompagné toute sa vie. M. chante la nuit du non-savoir transubstantié dans le feu du mystère trinitaire et la quête de l’Absolu où il rapprochera Jean de la Croix et Ruysbroek  qui ont la même vision de la contemplation trinitaire et de la contemplation de l’unicité de la déité. Il fait un parallèle entre Jean de la Croix et Ruysbroek : ils sont trinitaires là où ils atteignent la déité.

Monchanin procède par négation. François d’Assise est « affirmatif » non apophatique. L’apophatisme est du côté de Jean de la Croix. Monchanin avait déjà fait cette opposition dans son livre « de l’esthétique à la mystique », où il montre que la 3ème voie, voie d’éminence, est l’aboutissement de la première.

II Mystique chrétienne en Inde, en 1945-46 et 1955-56, dernières années en Inde.

1.Inde et contemplation
L’Inde est passée à une forme religieuse entre panthéisme et monothéisme. Il y a un appel au mystère trinitaire, à l’unité de circumincession. Du Saint Esprit au Père par le Verbe glorifiant, douloureux, l’homme…

L’Un.
Pas de concept de l’unité  de «l’Absolu ». Un sans second. Advaïta, unité non différenciée. Mystère indifférencié. Monchanin met en parallèle « l’Unité indifférenciée avec le mystère trinitaire qui est l’Unité des trois personnes ».

Le mystère chrétien et lui seul, ajouta-t-il, équilibre l’Inde, la révèle à elle-même l’achève en la dépassant : conversion du dedans, transfiguration analogue au miracle de Cana. L’eau de l’Inde, une saveur, celle de l’unité indifférenciée, sera transsubstantiée dans le vin de l’ivresse du christianisme, dont l’unique saveur est faite de la compénétration des trois saveurs du Père, du Verbe et de l’Esprit. L’Inde n’est-elle pas vouée à la contemplation du mystère trinitaire ? (cf L’Inde et la contemplation, MIMC, 34 34)
L’Inde est vouée à la contemplation du Père, Verbe et Esprit. Unique saveur du Père, Fils, et Esprit.

Personne.
L’Inde oscille entre religion personnaliste (Dieu), et métaphysique im-personnaliste. Il y a une absence de la notion de personne. Cette «  personnalité in-circonscrite » à laquelle l’Inde aspire est l’Esprit Saint. L’insatisfaction ne conduit-elle pas à une « aspiration », demande M. C’est un souhait ou une espérance car, en tous cas elle marque la place où pourrait s’insérer la doctrine d’un Dieu, unique dans sa nature impersonnelle et Trine dans les trois Personnes de la Trinité.

L’amour est ce qui manque le plus à l’Inde, le sens des autres.

L’Inde élimine la tension aimé/ amant. Certes, elle connaît l’amour (cf Gitagovinda). La Grâce s’achève dans l’advaita. De l’unité rejaillira la pluralité. M. « concilie transparence et immanence, on suppose une distinction amour/ aimé ».
« L’équilibre parfait entre une théologie et une mystique de la connaissance et une théologie et une mystique de l’amour n’est possible que par référence à la vérité substantielle du verbe, à l’amour substantiel de l’Esprit, et à leurs relations mouvantes dans l’unité dynamique de la Trinité. » (L’Inde et la contemplation, MIC 41)
En Inde, Dieu personnel et impersonnel attend la révélation Un et multiple. Il y a une conversion vers l’Un. La grande objection de Monchanin contre la non dualité de l’advaïta, c’est qu’elle élimine la dualité de l’amant et de l’aimé, du connaissant et du connu..

« Et c’est là le drame caché de la mystique et de la métaphysique indiennes, que la pensée chrétienne discerne pour le surmonter. L’amour qui tend à la communion s’achève, lui-même sans mode, à l’être sans mode, en quoi s’abolissent et l’amant et l’aimé. La grâce que suscite « l’éveil » s’achève dans l’advaïta où le connu s’anéantit avec le connaissant. De la pensée comme de l’amour plus rien n’est saisissable. Et perpétuellement de l’unité rejaillira la dualité, l’illusion de l’amour et l’illusion de la connaissance dont la Source inexplicablement est en Dieu. Réalité trop cachée dont la mystique et la métaphysique indiennes voient chacune une face (dualité, unité), que le mystère chrétien intègre dans la co-esse de chaque personne, du monde, de Dieu « (cf L’Inde et la contemplation. » MIMC, 47
C’est concilier transcendance et immanence. Non plus que maintenir le parallèle entre bhakti, voie de l’amour, et Jana, voie de sagesse et de pensée.
«Dieu est essentiellement amour, Don de Soi à Soi ».

La Trinité.
La mission de l’Inde, n’est-elle pas finalement de sonder la profondeur de la mystique trinitaire en son point d’achèvement et d’unification, en son mouvement d’inflexion.

2. Spiritualité de l’Inde.
M. compare l’apophatisme chrétien et vide bouddhiste ou brahmanique.
La méditation sur le vide s’achève par la Plénitude. Dans le christianisme c’est la double mission du Père par le Verbe et l’Esprit qui révèle et communique cette plénitude à son église. La mystique : « je ne te connaissais pas, Toi, car je voulais encore savoir et goûter des choses… ». La mystique négative est plus profondément et passivement que l’ascèse et la vie contemplative une kénose et une mort, ce qui est la condition de l’union déifiante. La mystique subit sous la motion immédiate de Dieu les choses divines. C’est à dire le mystère même du Christ, sa kénose jusqu’à sa mort, sa Résurrection dans le tout autre. Au-delà de cette vacuité, l’Inde pressent une plénitude. La mystique contemplative est une kénose. Au-delà on perçoit une plénitude. Verbe et Esprit communiquent cette vacuité.

3. L’Hindouisme
L’hindouisme ne pourra jamais réconcilier l’Un et le multiple. Le monde est une illusion. Atman/ Brahman : « Il y a à la fois spéculation philosophique et expérience mystique. Mais étant donné que cette identité métaphysique apparaît à l’image des upanisads…et alors que l’instrument logique n’est nullement forgé.., il est bien difficile de penser qu’une telle métaphysique soit autre chose qu’un traduction noétique d’une expérience abyssale ». (MIMC,225). Pas de place pour la personne.
Nous retrouvons l’objection de l’amour face à la non-dualité.

III Mystique apophatique et théocentrique

1. Mystique apophatique.

Guhantara.
La préface recentre les grands apophatiques, les néoplatoniciens, les rhénans et flamands, et Jean de La Croix…C’est le continent spirituel européen qu’il transmet au continent spirituel asiatique, mais seul l’Esprit Saint peut réaliser  cette « tradition ».

Apophatisme et Apavada (1955)
M. marque la distinction entre « le mysticisme néoplatonicien et le mysticisme chrétien apophatique » : analogies et contrastes entre les deux théologies « négatives ». Mystique comparée par analogie et contraste
L’apophatisme chrétien est une purification de l’intellect pour l’épuration de l’amour. Evagre enseigne une « mystique de la prière pure », une contemplation de la Trinité qui transpose sur mode chrétien l’Un plotinien. C’est la philosophie de Plotin qui fonde « l’apophatisme chrétien grec », et non celle d’Aristote.
« Qui connaît la lumière aime dans le feu » dit sainte Catherine de Sienne.
« Dieu est amour », dit st Jean, « cela apparaît comme la définition de Dieu dans sa réalité intime ».
« Une telle théologie implique une mystique qui peut revêtir soit la modalité positive d’ascension vers Dieu à travers la création, soit la hâte vers Dieu à travers la négation… »
« Jean de la Croix et Fr. d’Assise sont mystiques chrétiens d’égale authenticité. Au terme de l’une et de l’autre la personnalité de la personne est maintenue : maintenus aussi les liens de connaissance et d’amour entre les personnes, unité du Corps mystique est unité de communion, Dieu tout en tous ».

2. Mysticisme théocentrique.

Il faut s’en référer aux deux conférences de Bengalore (1955) et de Madras (1956)
-1955 à Bengalore. « Divinita Hapax ».
« Ce christocentrisme est la fondation scripturaire du type le plus intellectuel de mysticisme théocentrique… »
Dieu est une essence divine ; si l’homme est en relation avec elle, elle désigne son aspect immanent. La mystique est dans la plénitude de la divinité, l’océan sans fond de l’Essence, C’est le Plérôme.
M. écrivait à sa mère : « Il faut être vidé de tout ce qui n’est pas la seule Plénitude. L’Inde apprend cela. Elle n’a cherché essentiellement que le vide et la plénitude, et c’est une même chose ».

-Madras
Monchanin fait un parallèle entre mystique apophatique de l’Inde, et mystique chrétienne, le sannyasi chrétien et le sannyasi indien. La Déité plonge dans la mystique de la nescience : abîme de la déité supra divine, expérience négative et au-delà de la négation. Il expérimente que la Déité n’est rien de ce qu’il peut penser. La mystique de Monchanin est apophatique et trinitaire, « plenitudo divinitatis ». « L’âme connaît Dieu de par la connaissance même selon laquelle Dieu se connaît Lui-même ». L’apophatisme chrétien atteint un point culminant pour la Déité.

Conclusions :
Déification : Incorporation au corps mystique et insertion trinitaire. Le Christ nous « achève » tous, mais en Dieu.
Nous ne sommes tout à fait personnels qu’au sein du Christ En étant fils on a part, nous spirons l’Esprit. M. recherche la mystique christique qui s’achève dans le mystère. Le cantique spirituel est le mariage spirituel : l’aimer de l’amour dont il s’aime. L’homme christifié participe à la circumincession. Le corps mystique ne sera achevé que quand l’Eglise aura incorporé toutes les civilisations, mystère de mort et de résurrection. La vision est eschatologique. La déification se fait également par l’introduction dans la vie trinitaire. La 3ème Personne est la moins circonscrite. L’expérience trinitaire de Monchanin est celle du mouvement des TROIS en Un, c’est une communion, ou « circumincession ». L’Esprit Saint est celui par qui on est incorporé au Christ. (L’Esprit est dit « Don ». pas « amour »). La circumincession est centrale. « Celui qui met sa joie dans l’être sans fond ». C’est la mystique du co-esse. Le dialogue mystique chrétien est trinitaire ou il n’est pas. La pensée hindoue est si profondément centrée sur l’unicité de l’Un…elle ne saurait être sublimée en une pensée trinitaire sans une crucifiante nuit obscure de l’âme. L’hindou doit renoncer à « Attman Brahman ».
La « Voix dans le désert », c’est celle de Monchanin : « MARANATHA » !

Echanges entre les participants:

«  Le plérôme » est le Plein. La mystique est au-dessus de la théologie ?

« J’étais assis au pieds de Mahara, je méditais sur l’action de l’Esprit dans ces grands sages ».
Monchanin réfléchit à ce qui manque dans la mystique hindoue.
M. a une vision universelle. Il n’y a pas de parallèle, sauf chez Simone Veil.
Monchanin a aussi une vision resserrée du christianisme. M. reprend les grands penseurs du M. A. être et relation. L’unité de communion n’est pas égale à l’unité mathématique ou d’absorption. Il y a un parallèle avec E. Stein : L’Esprit est Don. Le plus profond est le Don de soi, pas l’amour. La dimension extatique n’est pas donnée si on n’est pas le Don. La relation ne dissout pas la personnalité. M. cherche quand même une méthode, une réflexion. La métaphysique est importante dans cette recherche.
Nous sommes dans une tradition néo platonicienne, pas dans une vision thomiste. Cf Lacombe : il se réfère à des thomistes. Il y a plusieurs écoles de la mystique. Monchanin se place tout de suite dans une pensée apophatique. Denis l’Aréopagite est toujours sous-jacent à la pensée de M.
La circumincession, Thomas d’Aquin n’en parle jamais. Monchanin pense l’UN du Plérôme, et l’UN du Corps mystique.
Néant suressentiel, sagit-il de la Déité ? Monchanin cite M. Eckhart, mais il n’est pas un familier. Il a peur d’une trop grande distinction entre déité et personnes. Chez Le Saux « l’aventure sans filet » a un filet : la liturgie. Le Saux avait une vie mystique, mais, selon un fondement métaphysique. Monchanin le reprenait, mais reconnaissait son expérience originelle.

Question : Monchanin dit qu’il y a peu de traditions mystiques dans le Judaïsme ? Il en connaissait un peu comme Chouraqui. Levinas et d’autres se méfient de la mystique. Ils craignent que la mystique l’emporte trop sur la praxis.
M. est resté très curieux des choses et pensées d’Occident… comme les prêtres ouvriers, les ennuis du Père de Lubac, etc…Après la condamnation de de Lubac, on se méfiait de lui.


Père Jacques Scheuer, s.j.
Quelques observations sur leur relation à l’hindouisme

Monchanin a eu une influence limitée dans l’église de l’Inde.
A la fin de sa vie il a été invité à parler. Il a été longtemps confiné à son territoire. C’était difficile car il avait un mauvais tamoul, un mauvais anglais. Mais son éditeur écoutait et voyait, ils n’avaient pas besoin de paroles. L’évêque a soutenu Monchanin et Le Saux, ils ont eu grande liberté, ils pouvaient porter le vêtement des sannyasis.(Question pour conséquences pastorales)…

A Lyon et à Paris, Monchanin trouve un écho. Il n’a pas de réponses aux lettres pendant la guerre. Il n’a rien publié en anglais… Le Saux a publié davantage. Après mort de M, explosion, ils rédigent une brochure qui rejoint une ébauche d’inculturation (cf Concile). Nostra Aetate : Fin des années 60, c’est une transformation de l’Église de l’Inde, et il y a une réaction auprès de la jeune génération et des laïcs, ils sont plus occidentalisés. On les avait mis en garde contre l’Hindouisme (car polythéisme, idolâtrie, etc). Le concile prend un virage à 180 °.

Parle-t-on d’une Hindouisation ? Les années 70-80, on se rend compte que ce sont les formes élitistes de l’Hindouisme qui sont surtout retenues. La majorité indienne n’est pas représentée…

En Inde personne ne lit lesVeda, les Upanishad, cela concerne l’intelligentsia !
Il y a 80 mouvements « dalits » (écrasés),en réaction : ceux qui nous ont exploités nous demandent d’entrer dans leur théologie. La théologie de la libération est une courroie de transmission pour un type d’inculturation.
Du côté hindou, on reproche aux chrétiens d’être occidentalisés. Certaines formes d’hindouisme reprochaient de jouer la comédie : « vous continuez le prosélytisme (et non le dialogue) ». D’autres sont attristés car les chrétiens s’emparent de leurs gestes, de leur chants, leurs consonnes ôm, leur ashram…

L’ hindouisme.
« Le chemin de l’acte » (karma), est un système brahmanique de sacrifices : toutes les liturgies et tous les cultes compliqués sont effectués par des prêtres qui sont regardés de haut par les Brahmanes. Ceux-ci ont une voie plus spirituelle. Chacun fait son devoir dans la société, c’est le devoir d’état, « il faut agir, mais avec détachement du fruit ».
« Voie de la dévotion », c’est « se consacrer totalement à », ici à la divinité, c’est la dimension affective, l’adoration. Ces deux voies sont majoritaires. La voie adoptée par Dom Le Saux et Monchanin, est celle de la connaissance transformante et unifiante.

La plus part s’engagent dans l’hindouisme dans la voie de prajna, et se posent la question de la dualité. Chez M. cela répondait à sa nature personnelle. Ce n’était pas une voie exclusive. M et Le S avaient l’amour du Christ. Chez M. la quête de l’unité est très ancienne. Il renforce cela en Inde. « Je suis dominé par la fascination de l’Unité, ce besoin me signe dès ma naissance métaphysique, et me signe comme indien. J’ai été attiré par l’Inde depuis toujours ». En 54 il écrit à Le Saux : «  La recherche d’une rencontre de l’hindouisme et du christianisme au niveau de la bakti, est une voie trop facile ».
« Voie de la connaissance » : c’est la plus haute de toutes. Dans cette voie il y a une série d’école. La référence des Upanisads est centrale. C’est la dernière partie de la révélation. Ces textes qui n’ont pas d’auteur humain, Le verbe éternel est perçu par les voyants, les grandes écoles de gnoses se présentent en commentaire philosophique, théologique, métaphysique, spirituel par une sorte d’un bouillonnement de recherche.
Déjà à Lyon, M était attaché à l’étude des grands systèmes… « Est-ce un spirituel qui pense »?  Le Saux  ne cherchait pas les grands systèmes d’abord. Lacombe Olivier a le souci de repenser les choses en thomiste. M. se plongera dans les publications indiennes récentes.
Le Saux va citer le plus souvent les Upanisads…M. se situe à la suite d’autres pionniers. M. est au courant d’essais sur le thomisme, et il veut dépasser cela. Le thomise lui paraît trop étroit (Hegel, Bergson, etc.).
Il aboutit à la conclusion qu’un chrétien ne doit pas adhérer à telle ou telle école en Inde, mais se laisser secouer par ces écoles.

« Christianiser l’hindouisme ? Au contact de l’ « hindouisme du vedanta », il faut prendre une conscience plus profonde de soi-même en tant que chrétien et présenter au sens de « rendre présent » aux hindous cette présence chrétienne sans plus ». Il se sent à un tournant. Il a le sentiment qu’on ne peut convaincre par les études et les débats… (Cf. Ermites du Saccinanda : « L’Inde ne sera amenée au Christ que par des voyants.) Quel rapport à un gourou ?

Question d’un rapport à un maître hindou ? Pour un parcours spirituel en Inde, entrer dans cette voie ne peut se faire qu’avec gourou. Le gourou transmet la tradition, authentifie l’expérience de l’autre. M. dès son arrivé écrit : « Je fais peu de choses hors les langues, je manque de contact avec les indiens, (sauf enfants), ils sont tous loin de la pensée. Je suis un chrétien en Inde, mais l’Inde m’a fuit ». « Je voudrais…(mais impossible) passer quelques jours auprès d’un spirituel comme chrétien et dissocié d’un indien, mais consentirait-il ? Quel évêque pourrait comprendre ? Sans cela je n’aurai jamais l’expérience. Ce serait l’occasion d’échanges profonds. J’en rêve, c’est un désir tenace ».
Comment un prêtre catholique pourrait-il se présenter comme un disciple d’un gourou sans scandale ? Comment un gourou comprendrait-il la démarche de cet indien dans milieu chrétien ? Il y a l’obstacle des langues, des conceptions hindoues et chrétiennes. Il y a un esprit critique que les indiens n’ont pas. Le Saux aura une relation de disciple à gourou avec au moins 3 personnes. Il dit que c’est la montagne de l’Aurore qui est son gourou, il me détache, me décape de beaucoup de choses. Se rendre totalement à un gourou ? Le dernier gourou le marque, il dit comprendre la puissance d’un gourou. Il continue quand même à réfléchir, car un gourou c’est encore une forme de dualité, une manifestation délimitée, nécessaire pour plonger dans l’absolu, mais à dépasser. Il dit après « est ce que le Christ est mon gourou ? »

Tout ce qui a une dimension historique garde-t-il de la valeur quand on est en contact avec l’absolu ?
Henry a des contacts plus directs avec des hindous, chez les hindous il n’y a pas de curiosité pour les chrétiens. Cela sera très pesant pour M. et « plus ils sont hindous, plus ils sont loin de croire, de s’ouvrir au Christ ». Après le départ de Monchanin, Le Saux a trouvé sa joie dans ce qui n’a plus de forme. Les deux, M. et Le Saux avaient un projet à long terme.

Le Saux, impatient, s’est enfoncé dans la grotte du coeur. Le mot histoire n’avait plus de sens. Chez les deux il y a une qualité d’engagement, de force, de générosité, une pénétration intellectuelle, une persévérance et une audace qui peuvent inspirer d’autres chrétiens.


Echanges et partages :

Le christianisme populaire revient.

Question : Monchanin cherche des gens qui pensent. Du côté hindou, je me demande : la présence des intouchables ne leur pose aucun problème ?
Réponse : Il y a beaucoup d’inertie dans nos sociétés. Exemples : les formes d’esclavage, les intérêts économiques, l’évitement de certaine personnes, la hiérarchie sociale. Derrière tout ça il y a l’explication du dharma et des renaissances. A la limite (certains se dévouent) on ignore l’humanitaire indienne. Reste que quand il y a injustice, c’est une conséquence : « si je l’aide, je l’empêche de gagner son mauvais karma ». Le sentiment du pur et de l’impur est très fort. Gestion de l’économie joue !
Important de souligner que les hindous ont beaucoup d’activités inter-religieuses.


Antoine Desfarges, osb.

La relation du Père Monchanin et Le Saux.

On ne sait pas bien comment Le Saux a commencé à être tenté par l’Inde.
Il a écrit à l’Evêque indien. Monchanin était auprès de l’Evêque lorsque celui-ci a reçu la lettre. Il était curé de campagne depuis 8 ans. Leur relation n’a pas toujours été facile. Il y a même aspiration à la contemplation. La rencontre est marquée par le sceau de l’Esprit, et l’échec de la fondation, pourquoi ?
Leur relation est de l’ordre de l’intime…toute relation est mouvementée, a des conflits. Pensons aux éléments point de vue psychique ou culturel…Il y a en eux quelque chose d’inatteignable, il y a bien quelques travers de Monchanin connus par le Père Dupperay.

Pourquoi avoir besoin de les comparer ? Leur radicalité ? Il y a une émergence de jugements qui en disent plus sur ceux qui posent la question ! D’accord, le projet n’a pas abouti. Derrière l’engagement il y a une différence, mais un même élan ! C’est intéressant de voir le dynamisme de la pensée. Le Saux a beaucoup écrit, on a une distorsion dans l’approche. Le Saux a un prurit de l’Ecriture, et on voit une réserve chez Monchanin. Celui-ci est un homme pudique. Ne réduisons pas leur relation aux divergences, mais voyons ce qui les unissait. Il y avait quand même une différence de fond. Quand Le Saux était séduit par les sannyasis, M. était désemparé. Il y a un manque d’application pour le matériel chez M., cela aboutit à un agacement chez Le Saux. L’installation était précaire. 1950  voit le début de l’ashram. «Le rêve prend corps grâce à Henry, j’en ai une grande joie »…» dit M. «  Voici la 17ème année du rêve de shantivanam, en suis-je heureux ?  Père Le Saux s’enfonce dans son propre projet. Moi je suis trop introverti ». Mais Monchanin était comme un maître pour Henry. M. était un brillant intellectuel, l’ami d’exquise délicatesse. Pourquoi ces deux ont eu des difficultés, malgré la profonde estime ? Le Saux parlait de Guhantara, cela a beaucoup touché M. « Père Le Saux revient de deux mois à Aranuchala, il revient avec Guhantara. Il a été plus loin que personne n’a été. » Il a une grande estime, d’où une souffrance mutuelle. En fait il y a 15 ans d’écart, c’est une gêne dans le rapport au temps, Henry a 39 ans, M. plus de 50.

A Kergonan, H était très actif. Arrivé en Inde, il est marqué par l’impatience. «Il doit être témoin obscur et caché » dit M, « H doit encore apprendre ».
Le travers de Le Saux : « dès qui il avait une nouvelle idée, il y allait tout de suite, dit M, l’ initiation d’H. est trop faible. Ses problèmes ne sont pas mûrs encore ». M est plus calme. Une soeur carmélite écrit à une consœur après avoir lu la «  montée au fond du cœur » : «Swami découvrait des gourous, M. était différent, calme, solide…mais un peu trop théologien pour moi. »

Question 1 : Est ce que la grande formation de M. n’a pas été un obstacle pour pouvoir faire le saut, pour lâcher ? (Il y a une différence de formation, Le Saux est un peu étriqué). « Je me sens trop grec » dit M. S’il y a eu conflit, c’est sur Shantivanam.
Notre référence : leur vie cénobitique ! A un moment c’est usant. Ils vivent très en solitude.

Question 2 : Différence de vocation : un prêtre et un moine.
Henry Le Saux a une expérience de vie structurante, M., tout son schéma a explosé quand Henry est parti dans la grotte d’Arunachala.

Question3 : celle de la contemplation :
« Henry est ex-claustré, breton, et de caractère opposé, avec un idéal qui leur semblait commun ». H. est un homme actif et concret, cela laissait M indifférent. Il réglait tout à la place du père M.
Celui-ci a refusé d’écrire une règle de Saint Benoît. La vie contemplative de H. n’était pas très vivante. M était trop idéaliste, rêveur. Le Saux aussi rêvait de solitude, pourtant…M. a vécu très douloureusement le départ de H. Le Saux. Ils espéraient avoir au moins un indien dans l’ashram.

Voici le témoignage de sr Thérèse (sœur religieuse d’Henry) :« H.Le Saux était à l’affut du disciple qui vivrait avec eux »…Bettina Baumer dit ceci de Le Saux : « H. est très humble, faisant facilement confiance ». Le Saux allait régulièrement chez les carmélites. (Cf « Ermites du saccidananda »).Leur perception théologique est différente. Il y a une inquiétude de M. envers Le Saux qui part en advaïta. Antoine pense que l’expérience de Le Saux est authentique.
« C’est l’expérience qui est importante chez H. Le Saux, non ses écrits » Antoine ne reste pas indemne à la lecture du journal. On est tourné vers l’absolu. M. avait une vraie intériorité mais n’a pas voulu si vite un désir de renoncement comme Le Saux.
Ces deux hommes sont des paradigmes, même leurs erreurs nous portent.


Communication de Yann Vagneux.

Devise de Monchanin : « Assumer, Purifier, Transfigurer »

Appel du temps.
Nouveauté du mystère trinitaire. Qu’est le temps qui revient comme un leitmotiv ? Mélange d’être et de n’être pas. Instant, temps sortent d’une expérience en dehors du sujet, c’est une dimension de l’être. (Cf Bergson).
Intelligence scientifique, une intuition. Selon saint Augustin : aujourd’hui est l’éternité.
Pour M. «  la durée est la qualité hors du monde…faire avenir et passé avec du présent dans le temps et ce temps est créateur. » M. voyait son existence comme un exode. C’est l’offrande de soi qui donne d’être. Un mouvement qui va de la personne vers D, enraciné dans le corps. Il y a une tension au coeur de l’homme. Pour un chrétien, l’éternité est Dieu lui-même.
M., il y a la loi de l’exode : tout monte en l’Un pour aller vers le multiple. M. considère tout sous le regard de la trinité qui est la destination finale de tous les êtres. L’accomplissement est promis au monde. Le terme duré est hors de toute considération chronologique. Les personnes trinitaires vivent en réciprocité. Théologiquement, l’origine est Père, il passe par le Logos, il s’achève par l’Esprit, et revient aux profondeurs du Père.
Dieu est-il statique ou pas ? Il est dans le présent infini. Son rythme n’a pas d’extinction spatiale ou temporelle, point de départ et d’arrivée, unité d’essence, il n’y a pas de temps, tous trois constituent l’Absolu Présence.
De la densité infinie, (soit co-esse), M voulait embrasser l’ontologie trinitaire à tous les niveaux. Tous les temps créés, sont orientés par la durée éternelle de la Trinité. Son Absolu, activité sans condition, pure liberté, trinité une, triade une, Père, Verbe et Esprit, l’enstase de circumincession.
« Extase enstatique, enstase extatique ». Nous participons au Christ !

Analogie entre créé et incréé.
Christ a ouvert la porte des cieux, il a ouvert au temps l’éternel. Le Christ incarné, puis ressuscité, entre dans l’éternel, ces deux moments sont dans l’histoire sans être de l’histoire. « Un moment dans le temps, ce moment du temps a donné le sens ». En Jésus le temps arrive à sa maturation. Cf. St Paul « Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son fils » et « le temps est accompli ». Temps et éternité vont TB ensemble. Le temps entre dans l’éternité. Le plérôme est la doctrine eschatologique de la divinisation.

Le Christ nous fait participer au rythme des relations trinitaires (cf. Vive Flamme de Jean de la Croix). Les élus vivront eux-mêmes en circumincession ! Dans le Plérôme chacun sera don parfait au Christ et à tous les divinisés. Nous sommes ontologiquement des dons, nous aurons une gloire intarissable. Un tel présent est dans l’intensité de sa plénitude. La création va vers sa consommation. « Il n’y a plus de temps » dit l’apocalypse. La prise de conscience de l’Eternité est fonction de la prise de conscience du temps. Dieu seul est éternel, la participation est une fin.
Il y a un progrès qualitatif des bienheureux, la parousie est la durée pénétrée de Dieu, seule tension absolue. L’épectase et la divinisation de l’âme, sont la vision monchanienne : pour M. c’est l’aboutissement nécessaire de la question du temps. M. provoque la philosophie par des questions théologiques. Le Christ s’est révélé à nous comme la clé du mystère du temps, le temps de l’Église est déifié.
« Christ premier né », M. a fait sienne cette centralité christique.
La perspective temporelle du salut, provient de l’amour du Christ, il a déjà donné en cette vie une valeur d’éternité, le corps parfait de l’homme absolu.
Tous les temps sont centrés par l’événement christique, Il a récapitulé toutes les générations. L’acte salvifique remonte aux temps passés, tout a son centre dans la destinée de Jésus, jusqu’à plus de temps. Le temps de l’Église doit croître jusqu’au plérôme. Le temps de l’Église est celui de l’accueil dans la circumincession. Cf. Cor 7 : L’église est convoquée chez les contemplatifs qui anticipent l’eschaton…. Le Christ prolonge son incarnation, elle sera parfaite quand tous seront rassemblés, en vue de la catholicité. La théologie du temps se développe tout à fait dans le Christ Ressuscité : entrer en communion avec Lui et tous les êtres. Le temps qui reste est mystère. L’Inde est la nouveauté du temps chrétien.
La pensée chrétienne est temporelle, sous l’optique de l’incarnation et de la déification. Il y a une originalité chrétienne du temps. En Inde le Veda s’intéresse au temps : lever, midi, coucher. Le soleil marque humanité. L’homme savait qu’il était un être pour la mort.
Krisna « je suis le temps pour la mort du monde ». Le cosmos est conduit vers sa dissolution. L’Inde a un grand moyen de mesure. L’Indou vit dans les cycles cosmiques. Le rituel brahamique est un grand rituel. Le temps voulu est prévu par des êtres prévoyants, récitation sur un mode continu jours et nuits. Le temps en Inde est aux antipodes d’une durée.
L’Inde doit donner un plus grand sens de l’Eternel. Mais le temps est incontournable pour le chrétien, L’essentiel est ce qu’il est, non ce qu’il sera, il devient. Vedanta n’est pas dans la notion de création. Ou « devenir » est dans l’absolu, ou devenir refuse toute identité ontologique (doctrine de l’illusion). L’Absolu seul est. L’apparence pure est « maya ». Le christianisme est au regard de l’hindou « exorbitant » ! L’Inde fixe le temps dans l’éternel et le contraire est impossible pour l’Inde. C’est dans ce dialogue que M. voit le Christ entre le temps et l’éternité : le temps appelle à mûrir jusqu’à ce que l’homme atteigne la plénitude. Les mystiques chrétiens ne s’enfoncent dans la contemplation sans mode que par l’anéantissement du Christ. Patience du temps : « Priez pour que nous gardions cette patience, cette «  patience géologique. » ».

En suivant l’agneau partout où Il va, Monchanin attend avec patience l’heure pour réaliser la plénitude de l’Inde…
S’enfoncer, et savoir vivre et mourir dans les étoiles…L’inachèvement de son œuvre est dérisoire. « J’offre la douleur du monde. Il faut se cramponner à la parousie. Sans oxygène les plus grands désirs meurent ».
Il faut aussi une impatience eschatologique. La Fin donne tout son poids au présent, même au coeur de toute difficulté… L’Eucharistie est plongée dans le temps et enracinée dans l’éternité. L’eucharistie est le germe du plérôme, la cohésion, l’annonce de l’immanence pléromatique, le signe de la parousie. L’Immanence est suspendue à la transcendance.

Références à consulter :
*Deux derniers n° Maison Dieu 2016 : article sur l’eschaton !
*Co-esse, Yann Vagneux, éditions DDB desclée de Brouwer( édit Sedcontra,) .
*Chemins de Dialogue n°105, p.87-105 : « Le mystère trinitaire dans la pensée de Jules Monchanin » .

Notes de Sr Gaetane Seulen – Liège

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